19 Settembre 2014

Valls al cospetto di un’ansiosa comunità ebraica

Fonte:

Le Monde

Autore:

Cécile Chambraud

Manuel Valls au-devant d’une communauté juive anxieuse

Le premier ministre devait présenter ses voeux jeudi pour le Nouvel An juif, alors que la France connaît un fort regain d’antisémitisme

Pénina Azogui se trouvait dans la synagogue de la rue de la Roquette, dans le n’ arrondissement de Paris, dimanche 13 juillet, quand, à la suite d’une manifestation de soutien aux Palestiniens, ce lieu de culte a été la cible de projectiles et de tentatives d’intrusion. «La synagogue était presque pleine. Nous avons entendu les chocs de projectiles, de bombes lacrymogènes, des mouvements à l’extérieur. Nous avons eu très peur. On nous a demandé de ne surtout pas sortir. /e me suis sentie prise en otage, prisonnière, se souvient avec mesure et précision cette avocate parisienne. Les jours suivants, on avait le trac. »

Cet été, les agressions dirigées spécifiquement contre la communauté juive ajoutées aux quelques slogans « Mort aux juifs » entendus au mois de juillet dans les rues de Paris ont ravivé les angoisses d’une population déjà secouée par l’augmentation des actes antisémites répertoriés en France depuis les attentats de Toulouse et de Montauban, en mars 2012. En trois fusillades successives, Mohamed Merah avait alors tué quatre personnes, dont trois enfants, devant une école confessionnelle de Toulouse, après avoir tiré à bout portant sur trois militaires.

C’est donc une communauté profondément déstabilisée que devait rencontrer Manuel Valls jeudi soir 18 septembre, avant le début des fêtes du Nouvel An juif. Symboliquement, et pour la première fois, le premier ministre a été invité à s’exprimer en cette occasion dans la grande synagogue de la rue de la Victoire, à Paris.

La communauté avait apprécié la rapide réaction du chef du gouvernement après les épisodes de juillet. M. Valls avait dénoncé une « nouvelle forme » d’antisémitisme et fait renforcer la présence policière devant les lieux de culte et les écoles. «Nous avons des agents de sécurité mais nous comptons avant tout sur la force publique, témoigne Paul Fitoussi, président de l’association des directeurs des écoles juives et directeur de l’école Lucien-de-Hirsch, dans le 19′ arrondissement de Paris. Aujourd’hui, du côté de la police, on met en avant des problèmes d’effectifs. A l’heure actuelle, nous n’avons donc pas de garantie que cette présence dure. Cela nous inquiète. »

Mais les représentants de la communauté attendent désormais davantage que la pure présence policière. «La communauté juive vit quelque chose de terrible, de profond et d’inattendu, affirme Serge Benhaim, président de la synagogue de la rue de la Roquette. Les choses ont beaucoup changé cet été. L’inquiétude est palpable. Les attaques de synagogues nous ont ramenés à une période qu’on pensait ne plus voir se reproduire. ».

Nombreux sont ceux qui ont vu dans la réaction des pouvoirs publics au moment des manifestations de juillet une sorte d’aveu de faiblesse de l’Etat. «A l’occasion des manifestations, les consignes de la police étaient de contenir les débordements, pas de maintenir l’ordre. Ça a été vu comme un message de faiblesse de la communauté juive. Notre inquiétude est proportionnelle à la faiblesse de la République », résume M. Benhaim.

Conscient de cet état d’esprit, Manuel Valls devait reconnaître, jeudi, l’ampleur du regain d’antisémitisme, revenir sur les manifestations du mois de juillet et sur les débordements qui ont suivi certaines d’entre elles. Outre des mesures concernant la sécurité de la communauté, le premier ministre devait exposer des actions destinées à « revivifier » la politique de lutte contre le racisme et l’antisémitisme.

L’un des symptômes du malaise, que devait également évoquer le chef du gouvernement, est le nombre des départs vers Israël, dont l’Agence juive assure qu’ils ont significativement augmenté depuis le début de l’année. Le ministère israélien de l’intégration a comptabilisé 4566 nouveaux venus de France entre le 1″ janvier et le 31 août, soit un niveau nettement plus élevé que les années précédentes. L’Agence juive table sur un total de 5500 départs pour l’ensemble de l’année. «La communauté a commencé à se demander si ce n’est pas le compte à rebours pour sa présence en France. A toutes les tables, on discute pour savoir si on doit partir, alors que nous pensions que cette question était oubliée », assure Serge Benhaim. Sept familles fidèles de sa synagogue sont parties cette année.

Les chiffres de l’alya — l’acte d’immigration vers Israël — sont d’un maniement complexe, car ils ne comptabilisent pas les retours qui se produisent parfois. Sans minimiser la «grande inquiétude » de nombreux juifs français, le chercheur Jean-Yves Camus évoque une «modification sociologique » qui pourrait entrer en ligne de compte dans ces «montées » vers Israël : l’arrivée à maturité d’une «génération nombreuse formée dans les écoles juives, élevée dans la perspective de l’alya ».

Dans son école, Paul Fitoussi aussi a vu partir des familles, « en Israël mais aussi aux Etats-Unis ou au Canada ». La tuerie de Bruxelles, le 24 mai, au cours de laquelle Mehdi Nemmouche a tué quatre personnes devant le Musée juif, «a ravivé la grande crainte de l’acte isolé. Ce climat est un accélérateur des départs », analyse le directeur d’école.

Les plus de neuf cents personnes parties combattre en Syrie, selon le ministère de l’intérieur, et la perspective de leur retour en France a aussi frappé les esprits.« Beaucoup de gens autour de nous se posent la question de notre présence en France. On est chez nous ici, on est bien. Mais quand on voit qu’on n’est pas traités comme Français mais comme juifs… », s’inquiète Mme Azogui. De nombreux membres de la communauté juive constatent enfin que «la parole raciste est aujourd’hui décomplexée » dans de nombreux secteurs de la société, contribuant au climat de malaise ressenti par beaucoup.