25 Maggio 2014

Antisemitismo e antisionismo in Belgio

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Fonte:

Conseil Représentatif des Institutions juives de France - CRIF

Autore:

Marc Knobel

L’antisémitisme en Belgique et l’antisionisme: une nouvelle “religion” civique?

Lorsque l’on parle de la Belgique, comment ne pas songer au fleuron du petit pays de Jacques Brel, avec la mer du Nord pour dernier terrain vague ? Ou à Bruges, qui invite à flâner et comment ne pas aimer la grand-place de Bruxelles qui est, au dire de Jean Cocteau, « le plus beau théâtre du monde » ? Seulement lorsque l’on parle de l’antisémitisme en Belgique, les choses changent.

Le ton devient inquiétant. Selon l’historien Joël Kotek, le « cas belge est d’autant plus intéressant qu’il pourrait augurer, dit-il, la nouvelle place des Juifs dans l’Europe du troisième millénaire : « une place marginale, sinon une condition de pariât ». Et d’ajouter que d’ici peu, les « adeptes de l’antisionisme, nouvelle religion civique » décrèteront qu’un jour ou l’autre les Juifs n’auront plus le droit de vivre parmi eux, « si l’on est ou reste sioniste ». Le couperet tombe ainsi sans appel (Les Etudes du CRIF, « La Belgique et ses Juifs », n°4, juin 2004).

Ces dernières années, plusieurs faits ont entaché la Belgique. Il y eut l’attentat à la grenade, perpétré par trois Palestiniens, le lundi de Pâques 1979 à l’aéroport de Zaventem (Bruxelles). En juillet 1980, nouvel attentat à Anvers contre un groupe d’enfants juifs qui partaient en colonie : un tué, dix-neuf blessés. Le lanceur de grenade, arrêté, fut condamné à mort. Un autre Palestinien fut intercepté à Bruxelles après une tentative ratée d’attentat sur les passagers d’un vol El Al à Zaventem et un projet d’attentat contre un bureau israélien de tourisme à Bruxelles. L’année suivante, un attentat détruisit la Hovenierstraat (le quartier des diamantaires d’Anvers), en octobre 1981 : trois tués, cent blessés par l’explosion d’une camionnette piégée devant la synagogue. Mitraillade encore en septembre 1982, à la grande synagogue de Bruxelles : cet attentat fut à l’origine de la création du GIA. Un nouvel attentat à l’explosif perpétré en novembre 1986 contre la synagogue d’Anvers et revendiqué à Beyrouth ne fit que des dégâts matériels. Le 3 octobre 1989, Joseph Wybran qui a accédé en 1988 à la présidence du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) est abattu d’une balle en pleine tête au moment où il regagnait sa voiture sur le parking de l’hôpital Erasme, à Anderlecht. Il décédera ans la nuit, au service des urgences du même établissement, en dépit des soins immédiats prodigués par ses confrères. Il n’y a pas de témoin, l’agresseur est en fuite. Qui a tué Wybran ? Ce n’est que le 18 février 2008, à la faveur d’un coup de filet opéré au Maroc contre un réseau criminel et terroriste dirigé par le Belgo-Marocain Abdelkader Belliraj, que le dossier de l’assassinat de Joseph Wybran remonte à la surface. Où elle stagne désormais. L’antisémitisme en Belgique connaîtra encore d’autres soubresauts. Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, diverses rumeurs furent lancées en Belgique. En 2008, l’opération Plomb durci menée par l’armée israélienne contre la Bande de Gaza provoque des réactions antisémites à Bruxelles et à Anvers. Des représentants de la communauté juive ont souvent fait valoir depuis qu’elle avait régulièrement à souffrir des tensions importées en Belgique par le conflit israélo-palestinien (Le Soir et RTBF).

En 2013, le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme a recensé 88 plaintes suite à des actes antisémites en 2012, soit davantage qu’en 2011 (62) et 2010 (57). Ces signalements concernent notamment 28 déclarations sur Internet, 15 agressions verbales, 13 faits de négationnisme et 11 actes de vandalisme. Et la communauté juive ne représente que 0,3 % de la population belge. Selon Édouard Delruelle, qui préside ce centre, l’inquiétude de la communauté juive est donc légitime. Le nombre de signalements croît et l’antisémitisme perdure en Belgique. « 88 signalements, cela peut paraître dérisoire, mais ce n’est que la pointe de l’iceberg car un nombre significatif de victimes ne porte pas plainte. Et la communauté juive ne représente que 0,3 % de la population belge. En France, en 2012, il y a eu 614 actes antisémites contre 389 en 2011, soit une hausse de 58 %. L’augmentation dans notre pays est comparable étant donné que la communauté juive outre-Quiévrain est dix fois plus développée » (La Dernière Heure, 21 février 2013). A la question de savoir quelles sont les inquiétudes du Centre quant à l’évolution de l’antisémitisme en Belgique ? Delruelle répond : « On a remarqué que Mohamed Merah était devenu une idole plutôt qu’un contre-exemple chez les jeunes musulmans. Regardez aussi l’engouement pour Dieudonné, pourtant déjà condamné. Je ne veux pas faire ici d’amalgame; toute la communauté arabo-musulmane ne fait pas preuve d’antisémitisme. Nombre de leurs membres nous signalent d’ailleurs eux-mêmes des actes antisémites qu’ils rejettent. Mais je ne veux pas pratiquer ici la langue de bois pour autant : l’antisémitisme chez les jeunes immigrés nous inquiète, on ne peut le nier. Tout comme certains sentiments négatifs envers les juifs provenant de ressortissants de l’Est et de catholiques intégristes. » Justement, selon une enquête universitaire flamande, révélée le 12 mai 2011 dans le quotidien flamand De Morgen, la moitié des «élèves musulmans» de la capitale belge seraient antisémites. Cette enquête  a été réalisée par la plate-forme « Onderzoek Jeugd » de l’Université flamande libre de Bruxelles (VUB), sous le titre de « Jong in Brussel. »

Pour le président de l’Union des Etudiants juifs de Belgique, David Welner, « il est de moins en moins facile aujourd’hui, en Belgique, d’être Juifs et d’aimer Israël. Nous avons tous en mémoire les « Hamas-Jihad-Hezbollah » et « mort aux Juifs » scandés dans de récentes manifestations, en présence des principaux dirigeants des partis politiques belges, sans que ceux-ci n’aient estimé devoir s’en désolidariser. Au sein même de  l’ULB, des étudiants paradent avec des t-shirt affichant clairement « Boycott Israël », et nous assistons fréquemment à des mises en scène antisionistes sur le campus. La situation est telle que seules les écoles juives et les lieux de cultes juifs doivent être sous protection policière permanente. Dans un tel climat, je comprends le nombre grandissant de Juifs qui souhaitent quitter la Belgique (www.cclj.be)